« Ce qui me brise le plus le cœur c’est sentir le racisme, le rejet de l’autre, quel qu’il soit… »

Black Yaya est le nouveau projet de David Ivar, musicien international qui oscille entre la France et la Californie. Connu comme le fondateur d’Herman Dune, Black Yaya c’est un nouveau projet intimiste qui fera parler de lui.

Jean-Michel Marchand : David Ivar, c’est aujourd’hui Black Yaya que l’on a connu à Nevers avec Herman Dune en 2000 lors de Nevers à Vif avec le premier album « Turn Off The Light », de retour en 2008 avec « Next Year In Zion » et « Strange Moosic » en 2011. Et depuis, Black Yaya c’est un tournant ? Une route parallèle ?

Black Yaya : C’est un tournant, j’ai l’impression que j’avais envie de me rafraichir, de changer de ton, de muer. En changeant de nom, repartir de zéro, faire des petites salles, je suis pratiquement en acoustique tous les soirs. La plupart des gens ne connaissent pas mon passé ni Herman Dune, je joue tous les soirs sous un nouveau nom. Ceci-dit, on m’a appris à ne jamais dire jamais surtout avec mes amis. J’aime beaucoup les gens avec qui je joue dans Herman Dune. Je fais ça en ce moment à 100%, c’est ce qui m’intéresse : tourner avec mes chansons, avec ma guitare. Ce n’est pas non plus un « side project ». Ca n’exclu pas dans le futur de refaire de l’Herman Dune.

Jean-Michel Marchand : Parle-nous de ce Black Yaya, où et comment ça s’est passé ?

Black Yaya : En deux étapes. J’ai écris les chansons et je n’avais pas joué de batterie depuis longtemps. J’ai commencé à enregistrer les batteries avant de partir à Los Angeles enregistrer tout le reste. La seule chose que je ne pouvais pas faire c’est les voix féminines. J’ai demandé à la chanteuse Maya de faire les voix avec moi. C’est elle qui fait les chœurs.

Jean-Michel Marchand : L’album, de ce que j’en ai perçu est moins folk que certaines critiques le disent, j’ai eu l’impression d’une pop plus électrique que chez Herman Dune avec un clavier bien présent presque un rythm’n blues un peu old school. Sur scène, il y a une autre dimension qui rappelle la folk avec simplement un bassiste…

Black Yaya 1Black Yaya : Je dois dire que ce que je trouve le plus intéressant dans ce que tu dis, c’est à quel point, dans ta description, la forme va dicter ce que les personnes vont percevoir de tes chansons. En fait, moi j’écris une chanson influencé par la folk, par le rythm’n blues, le blues, le rock n’roll. J’écris des chansons que j’interprète soit avec une guitare dépouillée soit avec des instruments ce qui sonne plus électrique. Ce qui compte pour moi, ce sont les chansons. Pour ces chansons, là ou je puise mes inspirations c’est dans la folk des racines. D’une part la folk de la fin du 19 eme et d’autre part dans la folk de Bob Dylan. Je pense que c’est ça qu’on ressent quand je chante. D’une manière électrique ou en acoustique comme ce soir.

Jean-Michel Marchand : Tu as parlé de Dylan, on y reviendra un peu plus tard, tu as enregistré le disque au Etats-Unis, en grande partie à Los Angeles, les Etats-Unis, c’est un endroit ou tu te sens bien ?

Black Yaya : Les Etats Unis, c’est pour plusieurs raisons l’endroit où je me sens bien. Culturellement c’est là ou je m’épanouis. C’est là où je trouve le plus facilement des musiciens qui me donnent envie de me surpasser, qui me rendent meilleurs. C’est là ou je vis depuis longtemps maintenant entre la France et les Etats-Unis. J’ai besoin de cette partie de moi qui est américaine.

Jean-Michel Marchand : Il y a d’autres parties de toi qui sont à d’autres endroits du globe. Ton papa est marocain, ta maman suédoise. Ca a façonné une identité assez singulière. Il y a pas mal d’influences, notamment l’influence du Judaïsme, que l’on retrouve dans ta façon de t’exprimer et dans ta façon de raconter des histoires, dans ta façon de penser.

Black Yaya : Oui, c’est vrai, c’est intéressant et agréable d’entre pointer cet aspect. Il est vrai que les personnes actives culturellement juives ont des racines qui sont multiples dans leur famille. Dans l’histoire de leur personnalité on trouve des errances, des exils, des rencontres, des exodes et des voyages. C’est cette personnalité multi-générationnelle qui est meurtrie et qui a vu plusieurs endroits, qui est riche de plusieurs cultures, qui a vu du monde. C’est cette culture qui est à la foi soudé et à multi-facettes. Elle a influencé plusieurs artistes, surtout au 20eme siècle. L’errance c’est très propice à l’écriture. On a ça dans le sang dans les gènes, l’errance.

Jean-Michel Marchand : Comment est-ce que tu as vécu ce début 2015 sur le plan « identitaire », de questionnement, de religion, enfin de tout ce qui est en train de transformer nos sociétés.

Black Yaya : Ecoute, ce qui me brise le plus le cœur c’est de sentir le racisme, le rejet de l’autre, quel qu’il soit. En anglais on dit que c’est une mentalité de « boolie », comme à l’école quand t’es petit et qu’on se moque d’une personne parce qu’elle est différente. Les roux par exemple. C’est quelque chose qui me fait beaucoup de peine. J’ai des amis en ce moment qui vivent avec intensité les émeutes de Baltimore. Je ne supporte pas la discrimination. Je ne supporte pas la différence en pensée entre les gens. Je pense que ça fait beaucoup de mal. Effectivement, mon peuple en a souffert, ça me permet d’avoir une manière tangible de m’y référer, de m’y opposer, d’en être révolté.

Interview réalisé par Jean-Michel Marchand dans le cadre du Printemps de Bourges pour Bac FM 106.1