« Aujourd’hui, qui a franchement besoin de poésie ? »

Darcy fait parti de ces groupes de la scène Rennaise qui prouve que le rock est loin d’être mort en France. Le chant de la colère qui anime Irwin, le chanteur, est pourtant marqué d’une douce poésie… On a eu l’occasion d’échanger quelques phrases avec lui et, franchement c’était un moment grave cool.

Salut Irwin, merci beaucoup à toi de nous accorder cette interview. Avant tout est-ce que tout va bien ?

Bah là non, bof je me suis cassé une côte il y a deux jours en faisant un peu le con. Du coup pour la première date dans trois jours à Alençon ça la fou un peu mal. Pour le moment repos et je vais essayer de me calmer sur scène.
Le projet Darcy a beaucoup évolué depuis 6 ans, il y a eu des nouveaux membres, une évolution du style… que s’est-il passé ?
Il s’est passé qu’on aurait presque du changer de nom. A la base on faisait du rock électro et ça demande pas mal de musiciens quand tu veux mélanger guitare et sample. Avec le temps les musiciens sont partis à droite et à gauche. On s’est retrouvé plus que moi et mon batteur. Je me suis donc dit, on va faire quelque chose de neuf. On s’est mis face à face et on a joué. Ça a donné une espèce de rock punk qu’on ne peut pas trop définir. L’évolution, elle vient d’une frustration de ne plus être très nombreux dans le groupe.
D’où vient ce nom Darcy ? Est-ce que vous êtes des grands fans de l’hydraulicien français ? Ou alors des grands fans de Dijon et de sa si belle place sur laquelle on tombe en sortant de la gare?
En fait chacun y voit ce qu’il veut. On voulait ne donner aucune référence. On voulait juste donner un prénom à notre groupe comme on donne un prénom à un enfant. Donc chacun y voit ce qu’il y veut. On nous a sorti que c’était un personnage de l’Arme Fatale 3, que c’était aussi un personnage d’Orgueil et Préjugé, il y a la bassiste des Smashing Pumpkins. Chacun y voit ce qu’il a envie. Il n’y a pas de référence en fait.
En tant que Bourguignon, je me sens quand même obligé de te demander si tu es déjà venu à Dijon et si tu as déjà vu la Place Darcy ?
Non du tout. Et tu vois, la première chose que l’on fait quand on est un groupe et qu’on a trouvé son nom c’est de le rechercher sur Google. Quand tu tapes Darcy, tu tombe très rapidement sur Dijon. C’est très drôle.
En 2011, tu écrivais « La poésie est morte pour un bon moment ». Ce n’est pas une affirmation un peu expéditive et sans appel ?
On trouve une forme de poésie dans beaucoup d’art ou forme de culture. Je finis l’album qui va sortir en 2016 avec cette phrase qui dit : « aujourd’hui, qui a franchement besoin de poésie ? ». Maintenant la question c’est de savoir si la Poésie est morte ou est-ce qu’il y a encore des personnes qui en ont vraiment besoin ? C’est plus ça que je voulais dire à l’époque.
Au-delà de ça, si on prend en considération certaines branches du Hip Hop, il y a encore une forme de poésie très présente. D’autant plus que tu as collaboré avec un Mc, Mc Brrown. D’ailleurs comment s’est passé cette rencontre avec lui ?
Tu vois à Rennes il y a une autre frustration. Il y a une culture finalement très bobo. On est très branché pop, on est très branché pop rock. Du coup, les laissés pour compte c’est les punks et les artistes de la scène Hip Hop dans son ensemble : les Mc, les graffeurs… On a pourtant un vivier artistique super important. Doc Brownn a finit premier du Top Of The Week ce qui n’est pas rien. On a un champion du monde de break dance aussi. L’idée c’était de faire que différents univers se rencontrent. Là, ça a matché direct, on est devenu tous potes. Du coup on est train de composer un Ep qu’on espère sortir en 2016. On ne sait pas trop comment ça va s’appeler mais à priori ça sera Doc Brownn versus Darcy. Ca sera beaucoup plus Hip Hop que Rock.
C’est étrange que tu ais ce regard là sur ta propre ville puisque Rennes est également connu pour le Mondo Bizaro…
C’est cool que tu me cite ces lieux là. Parce que c’est ça qu’il faut garder comme image de Rennes. Il faut pas garder les festivals qui sont un peu clivant. Il y a des lieux encore un peu rebelles à Rennes et ça c’est mortel. Ça leur demande des efforts de fou pour accueillir des concerts, des spectacles. C’est pas rien, ça demande beaucoup de temps, d’investissement.
Pour revenir à la musique, il y a quelques temps tu travaillais sur le projet « Bile Jaune », est-ce que tu peux nous en dire plus ?
C’est un projet qui a été totalement avorté. C’était ce qu’il y a eu entre l’ancien Darcy et le nouveau Darcy. Je n’ai pas pu l’aboutir parce que j’étais trop frustré par tout ça. C’est pour ça que je me suis mis en face de mon batteur. J’ai appris à jouer de la guitare et que je me suis mis à gueuler comme un âne dans le micro. C’est pour ça qu’au final j’ai trouvé que ça servait à rien de regarder dans le rétroviseur. J’ai tout laissé tomber de ce qui venait de cette période là.
Darcy fait parti des groupes qui ont fait le choix de chanter du rock en français. Franchement, il y a peu de groupe qui savent le faire aussi bien. Pourquoi ce choix ?
Çafait plaisir d’entendre ça. Quand tu écoute parler les acteurs, les programmateurs de SMAC ou encore les mecs qui font les tremplins. Ils te sortent : « wahou, vous chantez en français, mais vous êtes des malades, tous monde va vous allumer, on va jamais vous programmer. » Je tombe vraiment de haut quand j’entends ça. C’est fou que vous nous dites ça. Vous dites pas ça aux rappeurs, vous dites pas ça aux mecs qui font de la chanson. Vous nous faites chier dans le rock ou dans l’électro quand on se met à chanter en français. C’est incroyable.
Tu as partagé un des premiers albums de Darcy grâce à une Widrop, est-ce que tu peux nous expliquer de quoi il en retourne ?
La Widrop. Comment expliquer… C’est un peu le même système que la Kdrop mélangé avec du wifi. Je vais essayer de vulgariser ça. J’ai rencontré un hacker à Rennes. Très sensible aux musiques metal, rock et punk. Ca se passe en général autour d’un comptoir à Rennes et on picole. Je lui disais que j’avais plus envie qu’on se fasse tout simplement pirater notre skeud. C’est pas le côté gratuit qui me dérange. Je veux bien filer ma musique gratuitement, c’est juste je veux pas que ça soit trop facile. Si tu veux on met des bornes comme des clefs usb, des gros disques durs après tu te connectes dessus avec ta tablette, avec ton laptop, avec ton smartphone. De là, tu peux télécharger tous les contenus qui sont dessus. Du coup, on en a mit trois dans Rennes, dans des bars, dans des salles de concerts, dans des espaces de Co-Working. Les gens passaient, se connectaient et pouvaient télécharger l’EP gratuitement.
Et du coup, vous connaissez Nevers ? Vous êtes déjà venu ici ?
Du tout. Mais j’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose. J’ai vu récemment l’article de Vice qui vous ont défoncé. J’ai trouvé ça énorme. Je me suis dit, en fait, on va pas s’emmerder. On va prendre un photographe et notre seule séance photo on va la faire à Nevers. Je ne connais pas cette ville. On nous en dit que du mal. J’ai qu’une envie c’est d’y être et de prendre des photos là-bas parce que je pense qu’il va se passer quelque chose, j’en suis sûr.
Comment s’est passé la rencontre avec avec Very Show votre label?
Bah écoute c’est assez improbable, on a reçu un mail avec seulement écrit : « quand est-ce que vous montez à Paris ? ». Du coup on y est allé, le courant et tout de suite passé et ça l’a fait. Ils nous ont expliqué qu’ils étaient tombés sur le clip à l’Opéra de Rennes et ils avaient eu un gros coup de cœur. C’est fou parce que ça n’arrive plus…