« Le monde est grand. Je suis petite. »

Jeanne Added est une figure émergente du rock français. Sa prestation au Printemps de Bourges 2015 lui ouvrira les portes d’une tournée nationale durant laquelle elle s’arrêtera à Nevers le jeudi 8 octobre prochain, une date à ne pas manquer et à marquer d’une croix rouge dans son agenda.

Interview réalisée durant le Printemps de Bourges par Benjamin Moreux et Ludovic Renaux.

 

Café Charbon : Le titre a « War is coming », c’est une histoire personnelle ou c’est une vision, une prédiction plutôt sombre sur notre avenir ?

Jeanne Added : Ce n’est pas très compliqué d’imaginer ce qui nous attend. Après je ne suis pas très callée en géo-politique. C’est quelque chose de personnel, c’est un constat. Le monde est grand. Je suis petite. Des fois on va vite à se perdre dans un verre d’eau et à se noyer dans quasi rien. La musique ça m’a permis de me secouer de faire des choses, tout en gardant conscience qu’il y a plus grand.

Café Charbon : Aujourd’hui, ta carrière prend un nouveau tournant, est-ce qu’on aura la chance de pouvoir t’accueillir dans des lieux de capacité modeste ?

Jeanne Added : J’imagine que oui. D’abord ce n’est pas encore la folie. C’est vrai que j’ai beaucoup joué dans des petites salles. Quand on a une centaine de personnes en face de soi, le rapport au public est différent. Dans les petites salles tout le monde est responsable de ce qui va se passer. Le public, lorsqu’il y a peu de personne prend vraiment une importance pour le déroulement du concert. J’ai choisi de passer au rock pour jouer dans des salles un peu plus grandes, les petites jauges j’ai beaucoup fait.L’idée c’était aussi de pouvoir jouer devant des publics debout ou pouvoir jouer en festival. Je n’avais pas non plus envie de faire que des ballades. En festival les gens ont besoin de bouger pour tenir le choc toute la journée. Ils ont besoin de passer d’un pied à l’autre de temps en temps. Du coup on a aussi pensé la musique comme ça. Par contre, j’aime bien pouvoir continuer à faire les deux. Il se passe des choses différentes entre les grands et les petits lieux. Les grandes salles je connais moins, du coup, j’ai un appétit et un peu de curiosité pour aller voir ce qu’il s’y passe, ce que ça raconte.

Café Charbon : Est-ce qu’il y a vraiment une différence entre le Jazz et le rock en général sur le fonctionnement et le déroulement des concerts ?

Jeanne Added : A quel niveau ? Est- ce que je me mets à faire des caprices ? (rire) Ce qui change c’est le public. Il n’y encore personne qui est monté sur scène. Je voulais avoir des salles debout, avoir du monde plus de mon âge. J’ai beaucoup fais de jazz quand j’avais 25 ans. J’ai rien contre les vieux mais là, j’étais avec des vieux tout le temps. Avec les potes de mon âge on s’est retrouvé en festival. On s’est mis à respirer. Ca faisait du bien. La différence est à cet endroit la. C’est bien, je ne suis pas encore une loque. J’ai encore un peu de jus pour vivre ça.

Café Charbon : Tu disais que ta partie composition était très dur avec le rock n’roll, est ce que ta partie scène tu la vis différemment ? Est-ce que tu la vis mieux ?

Jeanne Added : Nan, nan je ne l’aborde pas différemment. Jazz ou pas jazz j’ai toujours le même rapport à la scène. C’est-à-dire un endroit que je respecte d’abord. Les gens donnent de l’argent pour venir voir des concerts, je trouve ça cool de faire ça. C’est quelque chose que j’aime faire en tant que public. C’est quelque chose que j’estime. L’endroit de la scène c’est un endroit d’oubli de soi. La scène c’est un lieu de réalisation. C’est quelque chose qui doit être fait de la manière la plus juste et la plus précise possible. Il ne s’agit pas de jouer n’importe comment. Une fois cette maîtrise là intégrée, il y un moment spécial. Ce moment c’est ce que je recherche le plus. C’est le moment où on est plus à se regarder jouer ou à s’écouter jouer. On est juste là au moment où on est là. Le moment où les gens sont là aussi à écouter. Il se passe quelque chose de très important que j’identifie quand je pars et qui est un endroit que j’aime énormément. Quand le public ressent quelque chose. Jazz ou pas jazz c’est la même chose sauf que maintenant c’est ma musique. Là tout va dans le même sens, ma musique exprime ça, j’exprime ce que je veux et le public vient. Il y a un gros potentiel de kiff.

Café Charbon : Est-ce qu’il y a d’autre endroits que tu aimes ou certains que tu n’aimes pas du tout ?

Jeanne Added : Je suis assez monomaniaque. Du coup, il n’y en a pas des masses d’autres. J’aime bien sur être avec les gens que j’aime et avec lesquels j’ai des choses à échanger. Les endroits que j’aime moins c’est les endroits d’incivilité, où les gens se parlent mal.