« Il faut venir la voir tant qu’on existe encore. On est les seuls à jouer ça »

On a passé un petit coup de fil à Pierre-Antoine qui joue dans Papier Tigre, l’un des quatre groupes qui constituent le projet incroyable et unique La Colonie de Vacances. C’était l’occasion de lui poser tout un tas de questions sur leur dernière création : une pièce de 52 minutes orchestrée par Greg Saunier, batteur fondateur du groupe américain Deerhoof. Retour sur un projet hors du commun…
Merci beaucoup à toi de nous accorder cette interview, est-ce que tout va bien dans la Colonie de Vacances ?
Bah écoute tout va très bien, on attend que les dates de la tournée reprennent en d’octobre. Avant la date à Nevers, on a une date à Rennes et une autre à Nantes. On va se retrouver pour répéter pendant deux jours. Ça fait un moment qu’on s’est pas vu. Tout le monde était en vacances et c’est un peu notre rentrée…
La Colonie de Vacances qui fait sa rentrée c’est plutôt drôle… Le projet que vous présentez à Nevers A Vif est une création qui a été écrite par Greg Saunier, le batteur fondateur du groupe connu et reconnu Deerhoof. Comment s’est passée cette rencontre ?
Ças’est très bien passé. Ce n’était pas une rencontre de soirée, c’était une vraie rencontre professionnelle. Les Pneus avaient déjà joué avec Deerhoof donc ils connaissaient Greg. On a réfléchit à un compositeur pour ce projet qui est une commande du Confort Moderne à Poitier. On nous a proposé ce projet pour les trente ans du Confort. Le Confort va fermer pour un moment pour travaux. Le programmateur voulait marquer le coup et vu qu’il est un grand fan de la Colonie, il nous a proposé cette idée qui nous a fortement bottée. On a réfléchi ensemble à un compositeur pour cette pièce et Greg Saunier est revenu en haut de la liste assez rapidement. Toute la Colonie est fan de Deerhoof et de son travail en général.Je sais plus si c’est le Confort ou notre agent Muraille Music qui a fait le lien avec Greg.


Et du coup, est-ce qu’on doit s’attendre à un set de la Colonie de Vacance totalement différent ?
Sur les sets où on a joué la pièce, qui dure environ une heure, on a fait des rappels où on a joué nos propres morceaux. Le public a aussi le droit à la Colo bien puissante et la Colo un peu plus Pop de la pièce de Greg.
Un peu plus pop ?
Oui elle est un peu plus pop. Mais il y a des passages qui sont bien vener aussi, faut pas flipper.
Tu es membre de Papier Tigre, est-ce que c’est un clin d’œil au Chef d’œuvre du cinéma français « L’aventure c’est l’aventure ? »


Non, ça ne vient pas trop de là. Quand on a joué en Chine on nous a beaucoup demandé si ça avait un lien avec l’expression de Mao à propos des États-Unis qui auraient été « Un tigre de papier » parce que menaçant mais inoffensif. A la base, on avait eu l’idée de s’appeler Paper Tiger, on trouvait ça cool d’avoir les deux mêmes mots dans le sens anglo-saxon, on trouvait que ça sonnait mieux. Après il n’y a pas vraiment de sens. La dimension politique nous a un peu dépassée. Ça fait sens aussi, on essaye de dire des trucs mais au final on reste un peu inoffensif.
Pour revenir à la Colonie de Vacances, ça a commencé en 2010 sur un festival, est-ce que vous vous connaissiez déjà avec Pneu, Marvin et Electric Electic. C’était la même scène rock/noise française…
Ouai carrément. On avait monté l’idée avec les autres groupes de faire une tournée à quatre groupes avant de partir dans le concept de quadriphonie. La base du concept c’était faire une tournée commune ou on jouait les uns après les autres. On a monté ça en 2010. A la suite de cette proposition on a développé le concept. On a commencé en 2006, Electic Electric aussi. Pneu et Marvin c’est un peu plus vieux. On se croisait beaucoup en concerts, on faisait les choses relativement de la même manière.
Depuis 2010, la Colonie de Vacances commence à jouir d’une certaine réputation et tourne beaucoup. Vous pensez que c’est dû à l’originalité de votre propos artistique ?
C’est clair. Les quatre groupes réunis, le public vient plus nombreux puisqu’il y a quatre groupes plutôt que pour un seul groupe. Les quatre groupes drennent facile 400 personnes à chaque fois. Tout le travail on l’a fait avant la Colonie de Vacances. Entre 2007 et 2010, on a vraiment tourné comme des tarés, la Colonie est arrivée après. Il faut relativiser aussi. C’est souvent complet certes. Mais la moitié de la jauge est souvent prise par l’installation. Du coup, quand c’est sold out, c’est sold out à la moitié de la jauge. Ca marche, on est super content de faire ce projet et de jouer devant du monde. Le concept intrigue vachement au niveau de l’installation, du point de vue technique… Il y a des fans de nos groupes respectifs mais, oui, clairement, le public s’intéresse au concept.
Si tu avais quelques choses à dire pour vendre le concept à un large public qui ne vous connaît pas qu’est ce que tu dirais ?
Je suis pas très fort en marketing mais je pense, que ce n’est pas très courant de voir un concert avec quatre groupes en quadriphonie avec un groupe au chaque coin d’une salle. Il faut venir voir la Colonie tant qu’on existe encore. On est les seuls à jouer comme ça. Ça n’a jamais été fait en France.
Tu sais s’il existe des projets similaires ?
En France c’est sûr que non. Quand tu propose le projet à un mec comme Greg Saunier, et qu’il adhère à fond à l’idée parce qu’il trouve ça super, tu te dis que t’as un truc. Quasi jamais personne n’a eu l’idée de travailler sur cette expérience là. Ça a quelque chose d’incroyable soniquement.
Et vous commencez à avoir des opportunités à l’étranger ?
On aimerait beaucoup jouer à l’étranger. Après c’est plutôt l’exigence technique qui pose souvent un frein. Il faut quatre scènes, quatre systèmes sons, des retours pour tous les musiciens, il faut qu’on soit en quarré. C’est un peu contraignant mais on adorerait aller jouer à l’étranger mais ça coûte relativement cher.
Pour revenir à Greg Saunier, comment s’est passé le travail avec lui ?
Alors, il s’est basé sur l’alphabet. Il a écrit 26 séquences pour une pièce de 52 minutes. Il nous a filé une conduite avec l’ordre des lettres à suivre. On a eu ça au préalable. On a tous bossé la pièce en mode scolaire avant de se voir avec lui. On a commencé une résidence sans lui où on a joué ce qu’il nous avait donné. On a un peu adapté avec des idées qu’on avait. Quand il est arrivé, il a vu qu’on savait jouer la pièce et on a bossé sur les tempos, sur les intentions. Il était super content. On avait fait le gros du taf et on a pu encore progresser. On est très content du résultat. C’est différent de ce qu’on avait pu faire avant. Ça nous plait beaucoup d’aller explorer autre chose. Et en plus, humainement Greg est un super type.