« Le quotidien c’est le cancer qui se développe. »

Sebastien, merci beaucoup à toi de nous accorder cette interview. Tu es membre des THE K, je voulais avant tout te demander si tout va bien ?

Super nickel merci beaucoup. Je suis en banlieue Bruxelloise à côté d’une piste d’avion. Il fait magnifiquement beau. On va parler de la pluie et du beau temps pendant quelques minutes si tu veux.

Je vais commencer tout de suite avec une question vachement pertinente et pointue : c’est quoi ton deuxième film préféré ?

Parce que tu as lu une interview dans laquelle je parlais de mon premier film préféré. Je crois que mon deuxième film préféré c’est La Soif du Mal d’Orson Welles. La scène d’intro est vraiment fabuleuse.

THE K, c’est un groupe qui dépasse toutes les étiquettes musicales. Comment s’est passé votre première rencontre avec la musique. Est-ce que vous êtes tout de suite tombé dans les musiques saturée ou vous avez été bercé par les comptines et la musique classique ?

Mon père était un grand amateur de rock classique des années septante/quatre-vingt. Ce n’est pas vraiment via ses disques que j’ai mis le nez dedans. En grattant dans les cds de ma tante, je devais avoir dix-sept ans j’ai découvert l’album Nevermind. Elle avait une chaine Hifi super grosse. Quand elle partait travaillait le matin j’allais dans sa chambre et une fois j’avais mis ce cd la. La pochette m’avait attiré, c’est un bébé à poil dans l’eau qui court après un billet d’un dollars. Ca avait attiré mon œil. Quand j’avais écouté cet album la je suis descendu voir mes grands parents j’ai dis : je veux ça. Un mois plus tard, je crois que j’avais pas encore seize ans on m’a offert Nevermind de Nirvana. Ca devait être en janvier ou février 1992. Je ne savais pas encore quelle importance ça allait avoir pour moi. Ce n’est que quelques années après que je me suis retourné vers Rage Against The Machine et ce genre de choses.

Tes grands parents ont bien voulu d’acheter cette musique de sauvage qu’est Niravana…

Oui mes parents et mes grands parents sont des gens assez ouverts d’esprit.

Justement le clip Essentiel Chippendales de The K c’est un clip ultra subversif et tendancieux, où l’on y voit un bukkake, de l’argent, du pétrole et ça finit en crucifixion. Est-ce qu’il y a un message particulier derrière tout cela ? Une contestation ?

On voulait aller dans la surenchère et l’exagération. Je pense que le clip a parfaitement fait son job. C’est difficile de parler de ça maintenant. C’est un clip qui a été fait il y a deux ans. Si tu m’avais posé la question il y a deux ans je t’aurai sans doute parlé de choses totalement différentes. Ce que je retiens c’est le côté très esthétique, très léché. L’image en elle-même est assez cinématographique. Je retiens le travail d’acteurs, la coordination des comédiens. Le clip a été tourné en une seule fois. Il y a quelque chose de subversif. On ne fait pas de politique dans The K, je crois que c’est au spectateur, au public de se faire sa propre idée.

Dans une interview tu parle du banal du quotidien, tu trouves ça très cruel. Pourquoi ? C’est bien d’etre au calme d’avoir sa sécurité.

A nan putain. Moi ça me fout la trouille. C’est ce qui te tues. C’est les secondes qui défilent sur l’horloge. Le quotidien c’est l’oxygène qui te brule les poumons. Le quotidien c’est le cancer qui se développe. Il n’y a rien de plus cruel. Ca me fait hyper peur la routine. T’imagines ? Tu dois faire les mêmes choses chaque jour de ta vie. Les jours deviennent des semaines et puis les semaines des mois. Le quotidien ça veut dire l’abrutissant c’est ce qui te tues a petit feu.

Du coup il faudrait casser le quotidien ?

Dans l’idéal oui. Après il faut se rendre compte des banalités de la vie et des obligations. D’une part pour vivre en société et d’autre part pour passer pour un fou. En tout cas j’encourage tout le monde à pouvoir s’échapper. Si le voyage n’est pas géographique il faut au moins pouvoir s’échapper autrement.

THE K a beaucoup tourné en Europe de l’Est. On n’a plutôt l’image en France que dans les pays d’Europe de l’Est le rock est encore vivant. Est-ce que tu es d’accord avec cette idée là ?

Mon père était casque bleu. Il est parti plusieurs fois en Serbie pendant le conflit. C’est plus un fantasme. Une sorte de far-est à nous. On manque de grands espaces à nous européen. Ce sont des pays mystérieux nouvellement ouvert. Maintenant le discours qu’on entend souvent c’est « ils ont découverts la liberté il y a peu de temps, ils en profitent ». Non je crois pas, ils ont les mêmes compte Instagram de merde que nous, ils font les mêmes photos de merde que nous, ils écoutent la même musique de merde que nous. Je ne vois pas des masses de différences entre un Serbe, un Croate, un Ukrainien et un Allemand. Maintenant peut-être qu’il y a une certaine volonté d’un autre chose. Aller tourner là-bas, c’est dégrisant pour eux, c’est dégrisant pour nous. On ne peut pas dire que le rock vit plus là-bas. L’electro vit très bien aussi de même que la pop de merde. Il y a encore beaucoup de squat. Ca reste encore parfois des Berlin Est à ciel ouvert. L’alternative est encore vivante comme ici. Après elle finira par être repoussée dans les caves et les espaces auto-gérés.

D’accord et qu’est-ce que tu as contre la pop culture ?

Moi ? Je n’ai rien contre la pop culture. Je pense que je suis un enfant de la pop culture. Si la pop culture c’est Mickael Jackson, je suis un enfant de la pop culture. C’est quelque chose de tellement prenant. Il faudrait être un hamisch pour ne pas être un enfant de la pop culture. Quand je parle de la « pop de merde », je parle de la musique naze que l’on a tous les étés. Je ne suis pas non plus contre Instagram. Nos cousins d’europe de l’est font les mêmes bonne choses que nous comme les mêmes merdes que nous.

Est-ce que tu aurais pour terminer une anecdote ou un souvenir de concert à nous raconter ?

On est allé jouer au Printemps de Bourges en 2014 et on a terminé le show dans une fontaine. On a mit toute la batterie dedans. Ca on l’avait fait dans les pays de l’est et là c’était moins bien passé. On est peut etre un peut plus matérialiste.